Bertrand Hugues


VLUU L100, M100 / Samsung L100, M100

 

Bertrand Hugues, photographe

Photographe né en 1967, travaille à la chambre grand format et argentique.

Parallax présente sa série « Petites histoires naturtelles »

Une série de Bertrand Hugues

Bertrand Hugues enfant passe de longues heures le nez dans l’herbe. Son père passionné d’entomologie et grand lecteur de Fabre l’initie à l’observation minutieuse de ce petit monde qui nourrit sa curiosité et son imaginaire. Il gardera de cet exemple la rigueur méthodologique et le goût de  la belle langue, la sienne sera la photographie.

Aujourd’hui encore lorsqu’une mante religieuse passe à sa portée, il ne résiste pas au plaisir de la capture. Il y met toute la délicatesse et le soin d’un homme respectueux et émerveillé par cette vie minuscule qu’il sait de si courte durée.

Très tôt Bertrand Hugues apprend à capter ce que le temps va faire disparaître, trop vite.

Son objectif, ce troisième œil du photographe, il le met au service de la beauté révélée en même temps qu’elle disparaît. La conscience aigüe de l’instant éphémère l’éloigne de la description, il lui préfère la réminiscence qui invente sans identifier, s’il part de la réalité

des herbiers chinés au fil de ses pérégrinations elle n’est que prétexte à sa rêverie.

Pas d’objectivité dans son objectif, partant de l’image que reçoit sa rétine, il vagabonde, prend des chemins de traverse à l’écoute d’un bruissement intérieur. Il place cette réalité  hors du temps, jouant avec elle jusqu’à ce que qu’elle l’étonne. Il ne la fait pas disparaître, il en garde l’écho et sa résonnance fugace. 

Le confinement de l’atelier est nécessaire à ce passage de l’autre côté du miroir.

Bertrand Hugues travaille avec une chambre photographique, choix évidemment délibéré car dans cette technique aucun réglage n’est automatique. Tout se construit manuellement, l’architecture de l’appareil autorise des mouvements de bascule et de décentrement qui permettent un travail sur la perspective et la mise au point. L’équilibre ou la dissonance entre le clair et l’obscur, l’agrandissement, la profondeur de champ ont chacun un réglage particulier favorisé par le grand format de la chambre. Contrairement à la photographie majoritairement utilisée aujourd’hui, aucun choix n’en entraine un autre en dehors de la décision de l’opérateur. Enfin la prise de vue sera unique, ce qui n’est pas innocent dans le processus qui la précède.

La mise en espace des différents éléments de la composition demande à l’artiste un long travail de réflexion, de patience et de coordination, l’alchimie secrète de la création dont le résultat ne se révélera qu’au tirage, exclut la précipitation. Même satisfait de cette image vue dans l’objectif,  Bertrand Hugues se laisse le temps de pouvoir y revenir. Il  diffère le moment du passage à l’acte, jusqu’à ce qu’il ressente le plein accord avec son désir. Donner à voir ce qui ne se figure pas exige de danser sur un fil fragile et toujours menacé de rompre. Et ce risque là rejoint ce qui lui importe le plus, le saisissement  de l’inexorable processus d’effacement.

Sabine Puget